• Vers un vingtième Jean Charest ?

    11 juillet, par André Savard

    Source : http://www.vigile.net/Vers-un-vingtieme-Jean-Charest

    Jean Charest vient d'annoncer son intention de briguer les suffrages pour un autre quatre ans au terme de son présent mandat comme premier ministre. Qu'est-ce que cela signifie ? Cela signifie que des libéraux influents en nombre croissant sont convaincus de l'impossibilité et de l'absurdité de toute entreprise d'amélioration et qu'il reste de moins en moins d'illusion à ce sujet chez les autres libéraux influents.

    Les libéraux montrent la porte à leur chef d'abord dans des conciliabules en coulisses au nom du “regroupement des intérêts”. On parle en l'occurrence des intérêts particuliers et des intérêts du Canada, l'existence même du Québec n'étant qu'une plateforme pour servir l'un ou l'autre dans l'optique de la famille libérale. On change de patron chez les libéraux comme on apporte une correction pour préserver le régime dans une nouvelle situation.

    On ne connaît pas le rapport de forces entre la ligue secrète de ceux qui prônent la continuité et ceux qui veulent le départ de Charest. On sait cependant sur quoi s'appuie leur opinion : “C'est bien beau mais le remplacer avec qui, ou même quoi. Regardez les banquettes libérales. Et, incidemment, êtes-vous sûrs que nous soyons dans une nouvelle situation ?”

    Ils se font répondre que Charest soulève au sein de la population la mieux avisée moins de respect que n'en inspire un morpion. Mais est-ce si grave, réplique l'autre clan. Le parti Libéral a par le passé imposé au Québec Robert Bourassa, qualifié fréquemment d'homme le plus détesté du Québec. Et pourquoi le parti Libéral réussit-il cela ? Parce que ce parti est l'unique grand parti fédéraliste du Québec et que le fédéralisme représente la stabilité, les bases normales de nos vies. Face à énormément d'incertitudes, disent les penseurs libéraux, on finit par parier en faveur de ce qui existe déjà.

    Oui, Charest est détesté et de pauvre calibre comme chef d'Etat, conviennent-ils. Toutefois, il est le seul qui manque assez de scrupules pour soutenir la stratégie de communication qui sera en plan au cours de la prochaine élection. Cette stratégie voudra que le patron répète qu'il a chassé des rangs quelques personnes, pas les autres car il n'est pas forcé d'admettre l'existence des “allégations”. Puis, poursuivent ces mêmes libéraux influents, Charest est un “attaquant”. Dans un égout, Charest est le seul qui peut se pincer le nez et vociférer que son adversaire pue.

    En outre, Charest est le grand patron de toute la bande de ceux qui poursuivent toute leur carrière dans le cadre du régime mais cherchant à produire l'impression qu'ils veulent l'améliorer. Alors pourquoi pas lui ? Et pourquoi, se dit-on dans certains groupes de libéraux, l'argument voulant que le PLQ est le seul parti politique pouvant fournir un interlocuteur optimal et désiré par le Canada n'aurait pas encore de l'effet auprès de l'électorat ?

    Comme on sait, Charest prétend être utile au Québec car un fédéraliste est plus apte au flirt avec le Canada. Depuis des décennies, le Canada a fait du Québec un symbole d'oppression dit “trop blanc et trop francophone”. Un fédéraliste québécois dans ce contexte est moins entouré de préventions négatives et peut se ranger aux yeux de l'opinion publique canadienne parmi les humanistes libéraux.

    Ceux qui disent, chez les Libéraux, que Charest doit continuer à être chef du parti Libéral car il est le moins pire chez les pires, ont encore un argument dans leur poche. D'abord rappeler qu'il y a plusieurs versions de Charest. Soutenir que si Charest a pu à quelques reprises être un mauvais premier ministre, il est, à son plus mauvais, dans un état transitoire car, dans ses meilleurs jours, on trouve que le mauvais Jean Charest existe dans des proportions réduites. C'est ce qu'implique cette thèse libérale stipulant qu'il y a un premier, un deuxième Jean Charest et que si ses mandats se renouvellent, en toute continuité logique, cela mènera jusqu'à un onzième, douzième, voire, qui sait, un vingtième Jean Charest.

    André Savard

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